Archives
Categories

Posts Tagged ‘ryotei’

Japon – Kyoto: la rivière Kamo, Gion et Pontocho

Il n’y a entre Kobe et Kyoto que 25 minutes en Shinkansen ; c’est donc vers 16h00 que je foule le carrelage du quai de la gare de Tokyo. Une impression de déjà vu me saisit ; c’est après tout la cinquième ou si sixième fois que je viens dans l’ancienne cité impériale. Et la dernière, avant un certain temps, très certainement.


Après avoir lâché mes bagages à l’hôtel que je loue à Karasuma Dorii (15 minutes à pied de la gare), je fais une pause information, et regarde le flash de la NHK concernant le typhon qui est en train de noyer Tokyo. Une chose est sure ; je suis mieux ici que là-bas, même si le temps est un peu gris. Munie ensuite d’une carte de Kyoto, je pars pour une exploration de Kyoto (ou ré-exploration, devrais-je dire).


Trente minutes de marche me suffisent pour atteindre ma première étape du soir ; la rivière Kamogawa. La « rivière aux canards », prenant ses sources dans les montagnes Sakigatake, au nord de Kyoto, était jadis la frontière naturelle fixant les limites Est du Palais Impérial. De nos jours, elle est une rivière au lit assez large, au débit peu important, dont les rives bétonnées retrouvent leur grâce à la floraison des cerisiers. A l’heure à laquelle je passe ce jour là, les berges servent de point de ralliement à toutes les personnes venant admirer le magnifique coucher de soleil qui se dessine dans un horizon débarrassé soudainement de ses nuages.

京都・加茂川: the bridge of Shijo 京都・加茂川: the ryotei of Pontocho 1

Et la magie propre au fin de typhon opère ; l’humidité et le soleil font naître un arc-en-ciel de 180° degrés, juste au-dessus de la rivière Kamo. Tout le monde s’exclame, les badauds s’assoient sur les pavés des rives, et moi je prends des photos. Derrière, les ryotei suspendus sur pilotis de Pontocho se préparent pour le service du soir. Les lanternes s’allument doucement…. et je savoure ce moment de sérénité.

Read the rest of this entry »

Japon – Tokyo: Kagurazaka

Kagurazaka est une rue en pente, traversant le quartier d’IIdabashi, au nord-est de l’arrondissement de Shinjuku. Habitée tout d’abord par la classe des Samurais, dès le milieu du dix-septième siècle, la zone était riche en temples bouddhistes et shintoïstes. En 1792, le temple Zenkokuji fut déplacé de Kojimachi à Kagurazaka, marquant le début de l’expansion commerçante du quartier.

Durant l’époque Meiji (1868-1912), une population plus roturière vint remplacer la classe disparaissante des samouraïs. À partir de 1887, les tavernes de Kagurazaka commencèrent à rester ouvertes tard dans la nuit. Et pour finir, ces établissements prirent définitivement possession des deux côtés de la rue, jour et nuit. Le “niveau” devait pourtant se relever en 1894, avec la construction de la gare JR de Iidabashi. Les “Karyukai”, sorte de restaurants dans la plus pure tradition japonaise, employant des geishas, se mirent à fleurir dans les environs proches de ce nouveau cœur du transit tokyoïte.

Relativement peu affectée par le Grand Tremblement de Terre du Kanto en 1923, Kagurazaka continua à prospérer, d’autant plus que trois des principaux grands magasins de Ginza s’établirent momentanément sur son sol. Kagurazaka hérita alors du nom de Yamanote Ginza (le Ginza de la Yamanote, car au contraire du premier quartier, Iidabashi se trouve à l’intérieur de la Yamanote). Les karyukai se multiplièrent de plus belle, si bien qu’en 1938 cette communauté atteignit les cent cinquante établissements, employant près de six cents geishas. Par contre, le quartier fut généreusement bombardé durant la Deuxième Guerre Mondiale, et dû attendre le début des années 50 pour se reconstruire. En 1955, quatre-vingts kairyukai avaient rouvert, employant deux cents geishas.

Kagurazaka, aujourd’hui, est un mélange entre le Tokyo d’Edo, et le Tokyo moderne, et… un quartier empreint d’une certaine influence française. Malgré un déclin notable du nombre de restaurants “ryotei” et des geishas (il reste 9 restaurants, et seulement 30 geishas en 2006), cette activité reste majeure dans le quartier. Pourtant, les petits établissements ont la vie dure. En 1999, la construction d’un condominium de 26 étages – sur l’emplacement historique du premier ryotei” – avait mobilisé les habitants et les amoureux de la Kagurazaka, mais en vain… Sept ans plus tard, c’est la construction d’un immeuble de 14 étages, tout prêt de la rue où se concentrent les ryotei survivants, qui mobilise de nouveau les protecteurs du site. Et pour cause: l’excavation est d’une laideur sans nom, et laisse présager d’un triste avenir pour les fragiles maisons qui l’entourent…

L’influence française se manifeste par la forte implantation d’institutions françaises (lycée Franco-japonais, Institut Franco-japonais de Tokyo) et la concentration rarement égalée ailleurs dans Tokyo de restaurants et de ressortissants français (Kagurazaka est d’ailleurs désigné par la communauté française comme l’un des deux “ghettos français” de Tokyo, avec Hiroo, dans Minato-ku… Les Japonais, plus poétiques, l’appellent Petite France プチフランス).

Pour bien visiter Iidabashi et Kagurazaka, la meilleure chose à faire est de faire d’abord une halte au Canal Café, agréable établissement installé sur les berges des anciennes douves extérieures du château d’Edo, juste à la sortie de la gare. Fondé en 1918, il est doté d’une terrasse et d’un ponton aménagé en café/port de plaisance. Il est d’ailleurs possible de canoter en avril/mai, sous les cerisiers en fleur. La zone des karyukai est évidemment une halte obligée pour la suite: labyrinthes de minuscules allées, rappelant un peu celles de Pontocho à Kyoto, elles possèdent un charme unique, particulièrement appréciable la nuit, lorsque de petites lanternes éclairent les entrées. Une fois quittées ces petites rues, il reste à flâner dans la Kagurazaka en admirant les magasins d’art traditionnel et de kimonos, s’arrêter au Zenkokuji, puis un peu plus loin, au Akagi Jinja.

Le Zenkokuji:

Le Akagi Jinja :