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Inde : la route Delhi-Jaipur

Nous partons vers 7h30 de l’hôtel, non sans avoir essayé de faire du change : 20,000 yens suffisent à vider littéralement les caisses en roupies. La voiture est garée en face, sur le trottoir, et à notre plus grand soulagement, l’Ambassador poussive à été remplacée par un 4×4 Toyota. Il n’y a que trois mètres maximum qui nous séparent du véhicule, mais traverser n’est pas chose facile. Nous sommes littéralement pris d’assaut par des mendiants, en majorité des femmes avec leur bébé dans les bras, et qui nous font explicitement comprendre qu’elles ont faim. Cela fend le cœur, mais nous les jouons les touristes blasés qui sqvent très bien que la scène va se répéter des centaines de fois durant le séjour. Tout en résistant au flot implorant, nous parvenons à faire passer nos valises du toit de la voiture au coffre – le chauffeur les avait installées en hauteur, pensant que l’un d’entre nous voulait aller se reposer à l’ « arrière »… Pendant ce temps, l’une des femmes s’agrippe à la veste de Guilhem et lui fait comprendre par geste qu’à défaut d’argent, cela conviendra très bien. Le guide, un peu irrité, nous enjoint de monter le plus vite possible dans la voiture. Les portières claquent et la voiture démarre en trombe….

Le quartier de Karol Bag est aussi délabré de jour qu’il m’avait semblé de nuit.

Karol Bag vu du toit de l'hôtel

Le guide nous explique que c’est un quartier d’hôtels, traditionnellement tenus par les Pakistanais. Les hôtels y sont nombreux, mais sont menacés de destruction en vue des Jeux du Commonwealth en 2010. Faillites d’établissement et chômage sévissent, ce qui est totalement palpable dans l’atmosphère du quartier. Passé un rond point, nous abordons une large avenue, parcourue de bus pétaradant (abordant sur leur flanc un mensonger : « the world largest eco bus network »), de voitures Tata (pour la plupart blanches et ressemblant fortement aux Fiat Tipo), de quelques vaches marchant placidement, et même des dromadaires.

Des vaches sacrées au repos... Leur activité préférée

Peu à peu, émergent de la brume (ou des nuages de pollution ?) de hauts buildings aux formes modernes (et pas toujours de bon goût), tranchant singulièrement avec le spectacle des bidons-villes, des journaliers attendant sur des trottoirs crasseux qu’on vienne user de leur service, ou des employés marchant tant bien que mal le long des routes mal bitumées. J’ai beau me frotter les yeux, je ne reconnais absolument pas le pays que j’ai vu hier à travers les clips et films de l’avion.

Course contre des dromadaires ^^

La route entre Delhi et Jaipur est toute neuve, ce qui est une agréable surprise. Elle est également parsemée de camions, ces monstres au châssis sur-élevé et au pare-chocs effrayant, à faire pâlir Optimus Prime lui-même. A l’arrière de chaque camion, se trouve l’inévitable message : « Blow horn » (klaxonnez s’il vous plaît) suivi parfois de l’amusant « dipper at night »(1). Cinq minutes de conduite sur cette autoroute suffisent à comprendre pourquoi : les conducteurs indiens ne regardent jamais derrière eux (à fortiori les camions, qui n’ont même pas de feux arrières). Le seul moyen pour doubler et donc de signaler sa présence par un bon klaxon. Il ne faut pas avoir peur d’appuyer sur le champignon non plus : un camion ne ralentira pas non plus pour laisser passer un véhicule, sauf extrême cas d’urgence (éviter une collision frontale avec un collègue, par exemple). Le trajet dure environ six heures, durant lesquelles je ne ferme guère les yeux, préférant surveiller la route. Notre chauffeur est habile, certes, mais la voiture frôle parfois les pare-chocs des camions d’un peu trop près. Le paysage est également agréable à regarder : champs de colza coincés entre de petites collines désertiques à la teinte rouge et ocre, prairies d’où émergent des arbres tropicaux, villages de bord de route, toujours très colorés, où l’on peut croiser les désormais inévitables vaches sacrées juchées sur un tas d’ordures, et les nonchalants dromadaires…>

Une colline typique du Rajhastan de l'Ouest

1) Pour ceux qui l’ignorent : Optimus Prime est un personnage des Transformers (DA datant de 1986), un robot pouvant se transformer en semi-remorque. (2) L’orthographe correcte est « deeper at night » (Klaxonnez en pleine nuit), “dipper” sigifiant « cuve » ou « remorque ». Un lapsus du « indi-english ».>

Inde Jour J: le vol d’aller Air India, un avant-goût du pays…

Arrivés en avance dans le hall de l’Aérogare 2 de l’aéroport de Narita, nous profitons de nos quelques instants de libre pour discuter de notre voyage. L’excitation du départ aidant, nous affichons un moral au beau fixe et un optimisme à toute épreuve. Car nous n’en doutons pas, nous allons faire un magnifique voyage, dans un pays qui ne doit pas être aussi retardé qu’on le dit.


Nos premières appréhensions nous assaillent à la montée dans l’avion, un brin vétuste. J’obtiens la place du hublot, avec une vue imprenable sur l’aile rustinée du Boeing 747. Notre porte-bagages grince à chaque ouverture – ce qui n’est pas si gênant, car il restera la plupart du temps fermé. Enfin, il se dégage des murs et des sièges de l’avion une indicible impression de manque de propreté, frisant la saleté. Mais bon, nous nous ferons une raison : c’est Air India , et puis l’aventure c’est l’aventure…


Nous sommes d’ailleurs servis dès le décollage ! Le pilote oublie de mettre les gaz, ce qui fait tanguer l’appareil sur le tarmac. Il finit par s’élever péniblement dans les airs, semblant rebondir sur les invisibles nuages dans un roulis qui donne presque mal au cœur. Je finis par fermer mon hublot, les oscillations suspectes de l’aile ne me disant rien qui vaille.


Le programme des divertissements démarre par un film décrivant les principales fonctionnalités de l’appareil. La vidéo s’attarde longuement sur l’utilisation des toilettes, avec force gros plans sur la cuvette des WC (les Indiens feraient ils une fixation dessus). Notre hôtesse de l’air passe dans les rangs, servant de mauvaise grâce les appétitifs. A notre surprise, les Indiens autour de nous ne lésinent pas sur le whisky, et se font servir plusieurs verres d’entrée de jeu. Curieux pour les ressortissants d’un pays où certains États prohibent la vente de l’alcool. Sept heures plus tard : l’avion amorce sa descente… Nous tressaillons sur nos sièges ; il semblait qu’il y avait neuf heures de vol jusqu’à Delhi, et non sept… L’explication nous est fournie par l’un des stewards, annonçant notre arrivée imminente à Bangkok. Bizarre, ce n’était pas indiqué sur notre plan de vol… Mais là n’est pas la question : une escale veut dire un atterrissage et un décollage supplémentaires. .. Moment d’angoisse alors que l’avion vire de bord un peu sèchement.

Deux heures plus tard : nettoyé (plus ou moins), rempli de carburant et doté d’un nouvel équipage, notre avion s’arrache à la gravité du sol de Bangkok pour rejoindre le ciel étoilé. La cérémonie de l’apéritif reprend, toujours aussi arrosé en whisky pour nos voisins Indiens…

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