Archive for December 2006
Inde Jour J: le vol d’aller Air India, un avant-goût du pays…
Arrivés en avance dans le hall de l’Aérogare 2 de l’aéroport de Narita, nous profitons de nos quelques instants de libre pour discuter de notre voyage. L’excitation du départ aidant, nous affichons un moral au beau fixe et un optimisme à toute épreuve. Car nous n’en doutons pas, nous allons faire un magnifique voyage, dans un pays qui ne doit pas être aussi retardé qu’on le dit.
Nos premières appréhensions nous assaillent à la montée dans l’avion, un brin vétuste. J’obtiens la place du hublot, avec une vue imprenable sur l’aile rustinée du Boeing 747. Notre porte-bagages grince à chaque ouverture – ce qui n’est pas si gênant, car il restera la plupart du temps fermé. Enfin, il se dégage des murs et des sièges de l’avion une indicible impression de manque de propreté, frisant la saleté. Mais bon, nous nous ferons une raison : c’est Air India , et puis l’aventure c’est l’aventure…
Nous sommes d’ailleurs servis dès le décollage ! Le pilote oublie de mettre les gaz, ce qui fait tanguer l’appareil sur le tarmac. Il finit par s’élever péniblement dans les airs, semblant rebondir sur les invisibles nuages dans un roulis qui donne presque mal au cœur. Je finis par fermer mon hublot, les oscillations suspectes de l’aile ne me disant rien qui vaille.
Le programme des divertissements démarre par un film décrivant les principales fonctionnalités de l’appareil. La vidéo s’attarde longuement sur l’utilisation des toilettes, avec force gros plans sur la cuvette des WC (les Indiens feraient ils une fixation dessus). Notre hôtesse de l’air passe dans les rangs, servant de mauvaise grâce les appétitifs. A notre surprise, les Indiens autour de nous ne lésinent pas sur le whisky, et se font servir plusieurs verres d’entrée de jeu. Curieux pour les ressortissants d’un pays où certains États prohibent la vente de l’alcool. Sept heures plus tard : l’avion amorce sa descente… Nous tressaillons sur nos sièges ; il semblait qu’il y avait neuf heures de vol jusqu’à Delhi, et non sept… L’explication nous est fournie par l’un des stewards, annonçant notre arrivée imminente à Bangkok. Bizarre, ce n’était pas indiqué sur notre plan de vol… Mais là n’est pas la question : une escale veut dire un atterrissage et un décollage supplémentaires. .. Moment d’angoisse alors que l’avion vire de bord un peu sèchement.

Deux heures plus tard : nettoyé (plus ou moins), rempli de carburant et doté d’un nouvel équipage, notre avion s’arrache à la gravité du sol de Bangkok pour rejoindre le ciel étoilé. La cérémonie de l’apéritif reprend, toujours aussi arrosé en whisky pour nos voisins Indiens…
Japon – Kamakura: concert de Biwa

La deuxième activité de la visite de Kamakura, le 2 décembre 2006, nous a amené dans une sorte de maison de thé, niché au milieu d’un charmant japonais (un privilège aux dires des organisateurs, car c’est un endroit rarement ouvert aux visiteurs).
Après un frugal bento, nous avons eu droit à un concert de Biwa, donné par Mme Yoko Ban, plus connue dans le monde de la musique traditionnelle japonaise sous le nom de Ban Reisui. L’histoire s’intitulait « Hoichi le Sans-Oreilles » et reprenait un compte de Lafcadio Hearn.
Le Biwa
Le Biwa est un instrument originaire de l’Empire perse du 8ème siècle avant JC. Devenu luth en Occident, il fut également apporté en Chine et en Inde via la Route de la Soie, et devint respectivement Pipa et Vina. Ces deux versions du luth d’origine furent introduites en même temps au Japon, mais en visant des publics différents. Le pipa chinois s’introduisit dans la cour impériale, alors que le vina indien eut la faveur des moines, compte tenu de son influence bouddhique. Les prêtres avaient ainsi l’habitude de parcourir le pays en chantant des soutras et récitant des légendes.
L’instrument utilisé par Mme Ban était un satsuma biwa : moso-biwa (Biwa des prêtres aveugles) transformé à Satsuma (préfecture de Kagoshima) au 17ème siècle. De la taille d’une guitare, il est pourtant plus lourd, étant donné que la caisse de résonance est plus pleine qu’une guitare.
Lafcadio Hearn (Koizumi Yakumo)
Né en 1850, en Grèce d’un père irlandais et d’une mère grecque, Lafcadio Hearn s’installa en Amérique dès 1869, avant de débarquer au Japon en 1890 comme journaliste de la presse américaine. En 1891, il épousa la fille d’un samouraï, Setsu Koizumi. Décidant de se fixer définitivement dans l’archipel, il prit la nationalité japonaise en 1896 et changea son nom pour « Koizumi Yakumo » (Petite fontaine et huit nuages).
Au Japon (et à l’étranger), il est surtout connu pour « Kwaidans ou histoires et études des choses étranges », d’après les histoires populaires japonaises que sa femme lui a conté. Parmi elles, on trouve le récit de « Hoichi le sans-oreille ».
Hoichi le sans-oreille
L’histoire fait référence à la bataille de Dan-no-ura, sur le détroit de Shimonoseki, qui clôtura la longue rivalité entre les clans Heike et Genji par le massacre complet de la tribu Heike. Depuis lors, il est dit que la mer et les côtes sont hantées. Par les nuits les plus sombres, des milliers de fantômes peuplent les lieux sous forme de feux-follets et volent au-dessus des vagues. Et lorsque le vent mugit, il s’élève de l’océan une clameur pareille à celle d’une bataille…
Peu de temps après cette bataille, un aveugle nommé Hoichi s’installa dans un temple de la ville de Shimonoseki. Connu pour son talent à jouer du Biwa, il devint célèbre pour ses chants sur la légende de la haine entre les Genji et les Heike.
Par une chaude soirée d’été, Hoichi, seul, se rendit sous une véranda qui se trouvait à l’arrière du temple, et se mit à jouer de son luth, sous l’attention d’un auditoire très spécial : les fantômes des Heike.
Extraits du concert que j’ai filmé sur youtube:
Japon – Tokyo : Nishi-Shinjuku, treize géants vous contemplent…

Tout le monde est arrivé à la bonne sortie ? Bien ! Faisons donc fi des haut-parleurs qui scandent des discours pour une quelconque élection ou pour une obscure secte, des appels de la gare, rappelant qu’il ne faut pas dépasser la petite bande jaune sur le quai, ou qu’il y a eu un énième problème corporel (=suicide) sur la ligne Chuo. Ignorons aussi la foule, qui nous bouscule. Mais on ne peut rien y faire : à part les heures où la gare est fermée, il y a pléthore de passagers et de passants. Regardons plutôt en face de nous : de hautes silhouettes s’élancent dans le ciel, contemplant le grouillement à leurs pieds… Nishi-Shinjuku, nous voilà ! Read the rest of this entry »
Japon – Tokyo : L’histoire de Shinjuku

Une zone de passage…
Shinjuku signifie « les nouveaux logements (1) », un nom attribué au tout début du 17ème siècle, à l’époque où le gouvernement Tokugawa exigeait que les daimyo (chefs de guerre provinciaux) se tiennent à résidence à Tokyo (1). Shinjuku était également l’une des cinq entrées de la ville d’Edo, jusqu’en 1718, date à laquelle le passage fut fermé, suite à des incidents dans une « maison de plaisir » locale. Shinjuku retrouva sa fonction de passage douanier vers 1770, et les établissements de « jeunes femmes servant le riz » (nom élégant pour designer les prostituées chargées de satisfaire l’appétit des voyageurs) proliférèrent de plus belle.
La période moderne de Shinjuku commence avec l’apparition du train, en 1885. Un nouveau Shinjuku se développa à près de deux kilomètres de l’ancien, à l’emplacement désormais couvert par l’énorme gare de Shinjuku. Les tokyoïtes de l’époque, encouragés à déménager dans les quartiers les plus occidentalisés, prirent d’assaut cette zone extrêmement bien desservie par rapport au reste de la ville. La horde des voyageurs foulant quotidiennement le sol de la gare, fit de Shinjuku une zone de choix pour les grands magasins. En 1924, Mitsukoshi ouvrit un premier point de vente, marquant le coup d’envoi de l’expansion d’une zone commerciale à l’Est de la gare. Isetan, Takashimaya ne furent pas longs à suivre.
- L’émergence du Shinjuku moderne…
Le tremblement de terre de 1923 laissa Shinjuku relativement épargné à comparer des quartiers bas de la ville, provoquant un nouvel afflux de population. Par contre, Shinjuku n’échappa pas à la destruction des raid aériens de 1945, et dut être partiellement rebâti. Profitant de cette reconstruction massive, la municipalité de l’époque projeta de reconstruire le Théâtre de Kabuki de Tokyo dans la partie Est de Shinjuku. Un projet avorté par la suite, car le théâtre fut reconstruit à son exact emplacement à Ginza, mais laissa à la zone candidate le nom de « Kabukicho ».
Dans les deux décennies d’après-guerre, Higashi-Shinjuku attira une population bohême d’écrivains, d’étudiants et d’intellectuels parfois un brin anarchistes, qui se plaisaient à fréquenter les cafés et jazz bars. En octobre 1968, les passions de cette population explosèrent sous forme d’insurrections, avec comme point culminant, les pavés de Shinjuku transformés en projectiles contre la police lors d’une manifestation anti Guerre du Vietnam.
A la même époque, une autre révolution se faisait sentir, de l’autre côté de la gare. Jusqu’en 1965, existait un réservoir de trois hectares dans la partie Ouest de Shinjuku. Un plan d’amélioration de l’urbanisme conduisit à la suppression de ce réservoir, et à partir de 1970, à une promotion intensive de l’immobilier auprès des institutions financières, avec la construction d’un nouveau centre d’affaires, puis du Keio Plazza Hôtel en 1971. Dans les années 80 et 90, Nishi-Shinjuku devint le point de concentration d’un projet d’urbanisme qui vit la construction d’environ 13 Sky-Scrapers (Gratte-ciel), dont l’atmosphère contraste totalement avec Higashi-Shinjuku. Alors que la première zone est sillonnée de larges rues, la deuxième a conservé ses rues étroites, allées et petits passages.
- Toujours tourné vers le futur…
En ce début de 21eme siècle, Shinjuku est la première gare du pays (et sans doute, la plus affairée du monde), affichant neufs lignes de trains convergent dans cette gare tentaculaire, et un trafic de 3.2 millions de passagers par jour. La gare est également desservie par 23 lignes de bus, et ne compte pas moins de 60 sorties, se trouvant parfois à plus d’un kilomètre de la gare, et atteignables au prix d’une traversée dans d’interminables galeries marchandes souterraines.
Toujours en travaux, la gare de Shinjuku continue son agrandissement du côté de la sortie Sud (Shin-Minami Guchi). Cette zone a commencé son aménagement avec la sortie de terre de Times Square en 1996, constitué du Grand magasin Takashimaya, de Tokyu Hands et de la librairie géante Kinokuniya. Un autre volet du projet prévoit la construction d’une avancée au-dessus des quais de la sortie Sud, et qui sera aménagée en espaces verts. L’intérieur de la gare se refera une beauté, en adaptant un style proche de la gare de Shinbashi/Shiodome. Fin des travaux annoncés pour 2007/2008.
Shinjuku, toujours en évolution… !
- Nota bene :
(1). Shinjuku : 新 Shin = nouveau, 宿 Juku = logement
(2) Ce système s’appelait le 参勤後退 : les familles des chefs de guerre est assignées à résidence à Edo (pratiquement en otages), garantissant aux dirigeants Tokugawa la tranquillité en province.
(3). Selon le ministère des transports, les gares les plus fréquentées au Japon sont dans l’ordre ; Shinjuku, Ikebukuro (2,8 millions de passagers par jour), Umeda à Osaka (2,5 millions/jour), Yokohama et Shibuya (1,9 millions/jour). Chiffres de 2002.
Japon – Kawagoe: la petite Edo
La ville de Kawagoe se situe à une distance de moins d’une heure par train à partir de Ikebukuro ou Shinjuku (Tokyo). Appelé petite Edo (de l’ancien nom de Tokyo), Kawagoe a l’avantage par rapport à sa grande sœur d’avoir été préservée du séisme de 1923, et des bombardements de la Seconde Guerre Mondiale.

L’histoire de Kawagoe débute en 1720, lorsqu’un édit du Shogounat Tokugawa ordonna la construction de magasins résistant au feu; les kurazukuri 蔵造り (impliquant l’utilisation de matériaux de construction autre que le bois). Des commerçants de Kawagoe, ayant des relations actives avec des bourgeois de la Capitale Edo, en profitèrent pour faire fructifier le commerce: ce n’est pas moins de 200 échoppes qui virent le jour en quelques années sur le sol de la ville.
Japon – culture : visite d’un atelier de sabres

Le sabre a toujours été étroitement lié au Japon et à son histoire. Il n’est plus employé pour la guerre depuis un siècle, mais la beauté de l’acier et le courbe de la lame continue de fasciner de nos jours.
A l’époque féodale, le sabre était considéré comme l’âme du samurai, et les maîtres forgerons étaient placés sous le patronage direct des seigneurs de l’époque. Cette profession se trouvait à une position élevée dans la société japonaise et était entourée d’un très grand respect. Le forgeron (kaji) travaillait dans une ambiance quasi religieuse où chaque acte de sa vie était soumis à un rituel shinto. Il devait pendant son travail mener une vie ascétique, faite d’abstinence et de purification. Pour certaines étapes cruciales, il revêtait un habit de cérémonie et l’atelier se transformait en en Sanctuaire Shinto, entouré de Shimenawa (cordes de paille sacrées). Dans cette atmosphère, aucun compromis ou inattention n’est permise; toute imperfection entraînait la destruction immédiate du sabre, au mépris des longues heures passées à la produire.
Kamakura est devenue un lieu renommé pour la forge des sabres, après l’avènement de cette ville comme capitale du Japon, en 1192, sous l’impulsion du shogoun Yorimoto Minamoto. Les sabres étaient alors longs et durs, n’étaient pas facile à utiliser et étaient facilement cassables. Un jeune forgeron nommé Goro Masamune, originaire de Sagami, inventa au début du 14ème siècle un procédé permettant de combiner deux type d’aciers, rendant ainsi la lame plus souple et plus résistante.
Les aciers utilisés pour la fabrication du sabre étaient obtenus à partir d’un sable ferrugineux, fondu par réduction directe en un bloc qui, ensuite, étant brisé et refondu en petits morceaux selon leur teneur en carbone (évaluée par l’observation de la texture à la cassure). Ces aciers de différentes duretés étaient forgées en barre; chaque lingot était allongé par martelage puis plié plusieurs fois. Ce traitement pouvait se répéter de quinze à une trentaine de fois. Les barres étaient ensuite soudées puis martelées pour être mises en forme à la longueur souhaitée. Le résultat de ce processus donnait une lame composée d’aciers de différentes duretés avec un cœur plus doux, pris entre des aciers de haute résistance.
A la période d’Edo, une dizaine de forgerons étaient connus sous le nom de Masamune, mais aucun d’entre eux n’était descendant direct du fameux Masamune. Au cours de la filiation, l’un des descendants de Goro Masamune a obtenu une haute distinction de la part du Shogun Ujitsuna Hojo, et a changé son nom pour celui de Tsunahiro Yamamura.
Le forgeron que j’ai visité samedi avec l’AFJ porte également le nom de Tsunahiro Yamamura, et est un descendant direct de Goro Masamune, de la 24ème génération. J’ai eu de la chance, car jusqu’à une époque récente, l’entrée de la forge étaient interdites aux femmes. Cette interdiction faisait référence à la jalousie maladive de la Déesse envers les autres femmes…
Le prix d’une lame coûte environ 1.9 millions de yens (auquel il faut rajouter le prix de la poignée, du fourreau de la garde, etc.). Il faut environ patienter deux à trois ans à partir de la commande pour recevoir son épée.
Japon – Tokyo : Koishikawa Korakuen Garden
Au début de la Période d’Edo, le fondateur de la branche Mito du clan Tokugawa, Yorifusa, possédait une résidence privée “non-officielle”, dont le jardin fut achevé par le deuxième chef de clan, Mitsukuni. Ce jardin, situé en plein coeur de Tokyo (il est adjacent au Tokyo Dome) possède un étang en son centre (encore plus large que l’étang Sanshiro de l’Université Todai), de petites collines et de nombreuses espèces végétales (abricotiers, cerisiers, pruniers, lotus, iris et azalées pour ne citer que ces variétés).

Le nom du Parc, Korakuen, provient d’un texte chinois, le “Gakuyoro-ki”, dont l’un des passages dit “qu’il est nécessaire pour ceux qui possédent de le pouvoir de s’inquiéter de maintenir ce pouvoir en premier, et d’en profiter par la suite”. Mitsukuni, admiratif de ce texte, décida de nommer le jardin “korakuen”, signifiant “le jardin pour profiter du pouvoir par la suite”. Passionné de la Chine, il fit également en sorte d’ajouter des éléments chinois au parc: la reproduction du Lac Seiko, un pont en lune pleine, une colline rappelant le Mont Lu-Shan.

On retrouve également une reproduction du Pont Togetsukyo, au Nord de Kyoto. D’une superficie de 70,850 m2 (un tiers seulement de sa taille d’origine), et situé non loin des gares de Iidabashi, Tokyo Dome et Suidobashi, le Ishikawa Korakuen reste une très bonne option de détente pour ceux qui ne désirent pas quitter le centre ville.





Japon – Tokyo: Kagurazaka
Kagurazaka est une rue en pente, traversant le quartier d’IIdabashi, au nord-est de l’arrondissement de Shinjuku. Habitée tout d’abord par la classe des Samurais, dès le milieu du dix-septième siècle, la zone était riche en temples bouddhistes et shintoïstes. En 1792, le temple Zenkokuji fut déplacé de Kojimachi à Kagurazaka, marquant le début de l’expansion commerçante du quartier.
Durant l’époque Meiji (1868-1912), une population plus roturière vint remplacer la classe disparaissante des samouraïs. À partir de 1887, les tavernes de Kagurazaka commencèrent à rester ouvertes tard dans la nuit. Et pour finir, ces établissements prirent définitivement possession des deux côtés de la rue, jour et nuit. Le “niveau” devait pourtant se relever en 1894, avec la construction de la gare JR de Iidabashi. Les “Karyukai”, sorte de restaurants dans la plus pure tradition japonaise, employant des geishas, se mirent à fleurir dans les environs proches de ce nouveau cœur du transit tokyoïte.
Relativement peu affectée par le Grand Tremblement de Terre du Kanto en 1923, Kagurazaka continua à prospérer, d’autant plus que trois des principaux grands magasins de Ginza s’établirent momentanément sur son sol. Kagurazaka hérita alors du nom de Yamanote Ginza (le Ginza de la Yamanote, car au contraire du premier quartier, Iidabashi se trouve à l’intérieur de la Yamanote). Les karyukai se multiplièrent de plus belle, si bien qu’en 1938 cette communauté atteignit les cent cinquante établissements, employant près de six cents geishas. Par contre, le quartier fut généreusement bombardé durant la Deuxième Guerre Mondiale, et dû attendre le début des années 50 pour se reconstruire. En 1955, quatre-vingts kairyukai avaient rouvert, employant deux cents geishas.
Kagurazaka, aujourd’hui, est un mélange entre le Tokyo d’Edo, et le Tokyo moderne, et… un quartier empreint d’une certaine influence française. Malgré un déclin notable du nombre de restaurants “ryotei” et des geishas (il reste 9 restaurants, et seulement 30 geishas en 2006), cette activité reste majeure dans le quartier. Pourtant, les petits établissements ont la vie dure. En 1999, la construction d’un condominium de 26 étages – sur l’emplacement historique du premier ryotei” – avait mobilisé les habitants et les amoureux de la Kagurazaka, mais en vain… Sept ans plus tard, c’est la construction d’un immeuble de 14 étages, tout prêt de la rue où se concentrent les ryotei survivants, qui mobilise de nouveau les protecteurs du site. Et pour cause: l’excavation est d’une laideur sans nom, et laisse présager d’un triste avenir pour les fragiles maisons qui l’entourent…
L’influence française se manifeste par la forte implantation d’institutions françaises (lycée Franco-japonais, Institut Franco-japonais de Tokyo) et la concentration rarement égalée ailleurs dans Tokyo de restaurants et de ressortissants français (Kagurazaka est d’ailleurs désigné par la communauté française comme l’un des deux “ghettos français” de Tokyo, avec Hiroo, dans Minato-ku… Les Japonais, plus poétiques, l’appellent Petite France プチフランス).
Pour bien visiter Iidabashi et Kagurazaka, la meilleure chose à faire est de faire d’abord une halte au Canal Café, agréable établissement installé sur les berges des anciennes douves extérieures du château d’Edo, juste à la sortie de la gare. Fondé en 1918, il est doté d’une terrasse et d’un ponton aménagé en café/port de plaisance. Il est d’ailleurs possible de canoter en avril/mai, sous les cerisiers en fleur. La zone des karyukai est évidemment une halte obligée pour la suite: labyrinthes de minuscules allées, rappelant un peu celles de Pontocho à Kyoto, elles possèdent un charme unique, particulièrement appréciable la nuit, lorsque de petites lanternes éclairent les entrées. Une fois quittées ces petites rues, il reste à flâner dans la Kagurazaka en admirant les magasins d’art traditionnel et de kimonos, s’arrêter au Zenkokuji, puis un peu plus loin, au Akagi Jinja.
Le Zenkokuji:
Le Akagi Jinja :







